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jeudi 30 juin 2011

Vraie et fausse dualité

Extrait d'« Eclats de silence » de Daniel Morin


Il y a une confusion qui circule souvent dans les milieux spirituels.
Il n'est pas rare d'entendre dire que le chemin, c'est passer de la dualité à la non-dualité.
D'accord, mais de quoi parle-t-on ?
Ma conviction est que la dualité que j'appellerai « vraie » est nécessaire à la manifestation.
Dualité veut dire deux. Deux est le symbole simplifié de la multiplicité des formes.
Cette multiplicité n'implique ni l'étanchéité de la forme définie, ni la séparation.
La manifestation est multiple, duelle, car il n'y a pas de petit sans grand, d'agréable sans désagréable, de tout sans partie etc.
Par contre, il existe ce que j'appelle la fausse dualité, et qui consiste à penser qu'il pourrait y avoir autre chose à la place de ce qui est déjà là.
Il y a ce qui est, et je pense qu'il devrait y avoir autre chose !
Ce qui est, est là, mais ce qui devrait être à la place n'a pas d'autre existence que d'être une pensée.

Lorsque certains enseignements parlent de passer de la dualité à la non-dualité, ils signifient passer de la fausse dualité à la vraie dualité, c'est-à-dire voir l'impossibilité qu'il y ait autre chose à la place de ce qui est déjà là.
Je vais utiliser une égalité mathématique qui m'a beaucoup aidé et qui résume assez bien ce que je veux dire : Zéro - (1+-1) = Zéro
La totalité n'ayant pas d'extérieur, l'énergie ne peut ni entrer ni sortir, elle est constante.
Cette constante est donc égale à zéro, à rien.
Zéro ne peut pas être défini, c'est l'Absolu, le Rien, le non-manifeste, le Silence, l'Immobilité, l'Être, ou Dieu pour les religieux.
Cette non-dualité s'exprime pourtant dans la dualité.
On peut dire que le Rien se manifeste à partir de la différence.
En langage religieux, on dira que Dieu se manifeste par sa création.
Que Rien puisse se manifester est renversant !
Zéro peut être multiplié à l'infini, ça fait toujours zéro.
(+1-1) représente la naissance de la manifestation, la dualité, la différence, toutes les formes, toutes les paires d'opposés. On pourrait aussi l'écrire de cette façon :
Zéro = (+1+1-1-1+1+1-1-1) etc. = Zéro
Les signes + et - sont la preuve de l'inséparabilité et du jeu vivant de l'unicité, le plus étant lui-même défini par le moins et inversement. Le chaud ne se définit que par rapport au froid, l'agréable par rapport au désagréable, le masculin par rapport au féminin, le bien par rapport au mal, l'attraction par rapport à la répulsion, etc.
Le jeu de l'impermanence n'est apparent qu'à partir de la dualité.
Si nous n'acceptons pas les différences présentes, nous nions la Totalité puisque nous déclarons qu'il manque quel-que chose ou qu'il y a quelque chose de trop dans ce qui est déjà là.
Nous voudrions faire disparaître un -1 ou un +1, mais ce n'est pas possible puisqu'il est déjà là, en tant qu'expression du Tout.
La fausse dualité, c'est refuser que ce qui est soit ; c'est vouloir autre chose à la place de ce qui est, c'est ce qui nous sépare apparemment de Est, c'est ce qui nous empêche de ressentir la qualité de l'Être.
La vraie dualité c'est l'évidence qu'il n'existe rien en dehors de Est, de Zéro, et que toute la manifestation est l'expression de la Totalité se singularisant dans la multi¬plicité des formes changeantes.
Rien n'existe en dehors de la Totalité, car il n'y a pas un élément qui y échappe.
Il n'existe pas deux éléments qui seraient le relatif et l'absolu, car le relatif est une vision partielle de l'absolu. C'est comme vouloir éclairer une pièce obscure avec une lampe torche, nous n'en voyons qu'une partie à la fois. Mais tout ce qui n'est pas vu existe quand même.
La Totalité ne peut se trouver par l'addition de tous les éléments, mais par la reconnaissance que notre vision est limitée et que nous n'arriverons jamais à tout voir. Il s'agit donc d'accepter tout ce que nous connaissons et tout ce que nous ne connaissons pas.
Accepter le relatif, la limitation à 100%, c'est l'absolu, le non manque.
L'inconnaissable est en deçà des concepts de dualité et de non-dualité, tout en les englobant tous les deux. La Vie n'a pas de problème.

mercredi 29 juin 2011

Le Guerrier de l'instant présent



L'arme du guerrier du présent est une arme qui guérit la séparation.
Par elle s'opère une véritable guérison spirituelle, car elle nécessite que le guerrier se tienne fermement établi en lui-même, établi également dans toutes les lois de la nature, établi dans son impeccabilité, dans son adresse, il reste en « Je suis » ; il est avant de penser, avant de juger, avant de se séparer.
N'oubliez pas que le mystère de la vie n'est pas un problème à résoudre mais une réalité à expérimenter.

Personne n'a jamais rien résolu, et personne ne trouvera jamais rien.

La seule façon de se laisser « mystériser », c'est d'être vivant au coeur du mystère, sans pertinence sur Dieu ou sur soi-même.
La seule existence du monde réside dans l'ici et maintenant; elle n'est ni dans l'histoire, ni dans le temps, et c'est en réunissant ici et maintenant que l'on va glorifier le temps et l'éternité. L'éternité a besoin d'être nourrie par « ici ».
Chaque rayon se trouve alors relié au soleil. Voyez bien : le rayon de soleil ne se prend pas pour un rayon séparé, isolé, qui agit seul. Il sait bien qu'il est sans arrêt relié au soleil.
À titre personnel, le rayon ne crée rien, il est le messager du soleil.
Il ne se prend pas non plus pour le soleil, il est son rayon.
Il n'y a rien de plus glorieux que de redécouvrir ce qu'est « Moi », et notre responsabilité réside dans la reconnaissance de l'acte « je suis ». Nous n'avons pas la responsabilité de porter le monde. Est-ce que c'est nous qui l'avons créé ? Est-ce que c'est nous qui avons créé les montagnes, le ciel, les océans ?
Ne faites pas de la responsabilité une croyance.
La seule chose qui nous incombe, c'est d'être « je suis », petit, petit, infiniment petit.
En devenant ce rayon de soleil, par la seule reconnaissance de « je suis », vous nourrissez toute la totalité de la vie.

Que vous le pensiez ou non, que vous le compreniez ou non, que vous le discutiez ou non, la vie vit toujours dans son seul jaillissement, celui de l'instant présent.

Vous vous laissez caresser par le vent, seulement maintenant, dans l'instant.
Votre coeur bat, seulement pour cet instant.
Vous respirez, seulement maintenant, et cela fonctionne toujours ainsi.

Toute extrapolation est un gargarisme mental.

Des prodiges s'accomplissent tous les jours, dans notre « instantanéïté », pour notre survie, seulement maintenant, pour que nous puissions penser, seulement maintenant, pour que nous soyons, maintenant, pour que nous trouvions la liberté, maintenant, pour que nous reconnaissions seulement maintenant.

Je suis le don de vie.

Savez-vous comment, chaque seconde, vos cellules, vos os, vos cheveux se renouvellent ? Savez-vous comment votre coeur bat ? Savez vous comment vous pensez ? ? ?
Alors laissez tomber !
Restez dans « je ne sais pas », un « je ne sais pas » vivant qui vous fait goûter la magie de voir ou d'entendre.

David invite J. à partager une expérience :

J. : « Ce matin, en me réveillant, j'ai compris ce que je t'entends dire depuis un an : avec le réveil vient la prise de conscience du corps dans un certain bien-être. Et ce matin, j'ai réalisé que juste avant que mon corps ne s'éveille, j'étais. Je sentais mon corps, il y avait la lumière, le bruit du réveil, mais comment dire ? J'étais avant tout ça. Ce que j'ai compris, c'est que je suis, avant la prise de conscience du corps. Je suis avant les cigales que j'entends ici, avant les pensées qui arrivent et qui jugent. »

David : Bien, alors, continue à cultiver cette relation entre toi et toi.
Vous voyez, J. nous parle de la sève : « Je suis avant de me réveiller, avant de penser, je suis avant la lumière, avant d'être dans l'histoire, dans l'espace et dans le temps. »
C'est quelque chose de très important ; il va falloir faire un geste pour renouveler cela, sinon, tu vas l'oublier et tu vas repartir dans ton histoire. Ce geste de conscience relève d'une pratique spirituelle saine. C'est là que réside l'art du « guerrier du présent.
Le guerrier du présent n'a pas à sortir son arme pour tuer ses ennemis, ses pensées de victime, car s'il le fait, il est déjà mort : il a déjà fait exister les autres, les ennemis.
L'arme du guerrier du présent est une arme qui guérit la séparation.
Par elle s'opère une véritable guérison spirituelle car elle nécessite que le guerrier se tienne fermement établi en lui-même, établi également dans toutes les lois de la nature, établi dans son impeccabilité, dans son adresse, il reste en « Je suis », il ne quitte pas la sève, il est avant de penser, avant de se juger, avant de se séparer.
C'est un acte de vigilance et de vaillance qui s'inscrit au coeur du réel. Dans la vie de tous les jours, en lui, le guerrier du présent est invincible. Mais, s'il fait le geste de dégainer, c'est déjà trop tard. C'est que déjà, il a structuré un ennemi à l'extérieur de lui-même, il a inventé quelqu'un à combattre et à tuer. Sentez bien cela. Fermement établi en « soi-sève », je peux être toutes les particularités de la sève, « je » peux inclure la multitude dans le singulier, « je » peux être pluriel...
Dans « moi » il y a nous.
L'homme au coeur pur, établi dans un trésor, établi dans la chanson de la vie, s'il entend chanter chaque particule de la création, de l'infiniment petit à l'infiniment grand, c'est que, lui-même, il chante « moi ».
Le « moi » dont il s'agit appartient au langage universel, celui d'avant la tour de Babel, quand les langues humaines ne sont pas encore inventées et quand les mots n'existent pas encore pour séparer les choses. Le « moi » dont il s'agit, c'est un mot pour désigner le langage pré-verbal dans lequel tout est lié, non séparé, existant au coeur de lui.
Lorsque l'on honore ce « Moi », lorsque l'on entend le son juste « Moi », on entend en soi toutes les lois de la nature, et devenant toutes les lois de la nature, on devient tous les dieux de la nature, tous les symboles enfermés dans les noms « Shiva » , « Brahmâ », « Vishnu » se trouvent alors incarnés. En Inde, chaque divinité est représentée par des attributs, c'est une façon symbolique de témoigner d'une qualité d'existence particulière inscrite au coeur des lois de la nature.
Quand un homme s'établit dans cette vérité, dans cette chanson cosmique, dans cette universalité, il devient et honore les lois de la nature, ces divinités vivantes. Il n'est plus alors besoin de symboles extérieurs pour les représenter. Il est cette divinité vivante, simplement, humblement, en « Moi ».
Dans cette qualité d'unité particulière, l'éveil vient à la fin tout balayer afin que ne reste que la transparence du réel. Cela, reconnaissez-le simplement, et soyez dans la certitude que vous êtes déjà cette qualité. Vous êtes l'émanation de ce Moi-sève, vous êtes la sève qui se manifeste à travers tous les aspects de la création.

Les paroles d'homme de savoir sont à comprendre.
Les paroles d'un homme de non-savoir sont à respirer.
Les paroles d'un homme de savoir expliquent le pourquoi, elles expliquent le comment, elles expliquent le vent ; les paroles d'un homme de non-savoir sont la légèreté du vent.
Les paroles d'un homme de non-savoir jouent, volent, elles sont le vent.

« Présent à l'émerveillement, au coeur de chaque pensée, pourquoi suis-je toujours si étonné ?
Chaque mot est une note, une couleur, une simple poésie. Cachés dans chaque mot, vivent diamants, or et géométrie. L'art de vivre est présence en" Je suis ", l'art de Dieu est présence, c'est tout petit. »
(Rêve d'éveil, page 163)

Tout ce que je dis n'est rien, l'essentiel est toujours non-exprimé.
L'Émerveillement s'émerveille, s'émerveille, s'émerveille...

mardi 28 juin 2011

L'instructeur, une nécessité ?

Extrait de « Le sens des choses »
de Francis Lucille


Vous avez souligné qu'il n'est pas souhaitable de traiter la question « Qui suis-je ? » trop légèrement. Il est des personnes qui consacrent leur vie tout entière à cette question, ou à l'un de ses aspects particuliers. Par exemple, sous la forme « Qu'est-ce que le vrai ? », on peut consacrer sa vie à la philosophie ; sous la forme « Qu'est-ce que l'univers ? », à la physique ; sous la forme « Qu'est-ce que la personne ? », à la psychologie. Est-ce que l'une quelconque de ces approches, poussée jusqu'à sa fin naturelle, constitue une voie d'accès vers notre nature réelle ?

Ces voies de recherche ne conduisent le chercheur nulle part.
Au mieux, elles l'amènent à la compréhension qu'il avançait dans une impasse, ce qui constitue déjà un acquis non négligeable.
La véritable question « Qui suis-je ? » exige un haut degré de maturité, faute de quoi la recherche n'est pas authentique, étant polluée par les désirs et les fausses notions de l'ego. Si un physicien de talent interroge l'univers, mais si sa recherche est motivée par le désir d'obtenir le prix Nobel, il fera peut-être des découvertes intéressantes dans son domaine, mais la vérité dont il est question ici lui demeurera inaccessible tant que son désir n'aura pas été purifié de toute ambition personnelle.
La maturité survient quand un chercheur sérieux et sincère arrive à un total « je ne sais pas ». Lorsqu'il atteint ce niveau de maturité, il rencontre en général un instructeur qui va l'aider sur la voie vers la réponse ultime. Il peut rencontrer son maître à un stade antérieur, mais l'obtention d'un tel degré de maturité va en quelque sorte forcer cette rencontre. La présence de l'instructeur permet à l'aspirant de briser le cercle vicieux qui résultait du fait que l'ego ne peut de lui-même se libérer de l'ego. L'apparition du maître est pour le chercheur l'incarnation de la grâce dans un corps humain. Dans la présence lumineuse de l'enseignant, issue d'une expérience impalpable, d'un non-événement, la haute intelligence prend naissance.

Une rencontre avec un instructeur est-elle nécessaire à la réalisation du soi ?

Je suppose que par ce terme vous entendez une rencontre avec un maître vivant ?

Oui, sur le plan phénoménal.

En principe, non, mais en pratique, dans la plupart des cas, oui.
En principe, non, puisque le véritable maître n'est pas une personne, mais le soi unique, la réalité ultime ; ce n'est ni un corps ni un psychisme.
En pratique, oui, parce que toutes les entreprises de la personne en vue de se libérer, de méditer, etc., sont viciées au départ par l'intention égoïque. L'ego ne peut pas éliminer l'ego.
Même si un être a déjà une intuition de la vérité et devient un chercheur sérieux quand l'insatisfaction des objets usuels du désir prend naissance en lui, un contact vivant avec un maître est nécessaire dans la plupart des cas.
Lors de ce contact, l'instructeur amène l'aspirant à un état de non-savoir où le mental a abandonné la recherche. Ce n'est que dans cette ouverture totale que l'enseignement réel peut commencer, et le début de l'enseignement, dans le silence du cœur, est aussi sa fin.

lundi 27 juin 2011

La loi du changement

Extrait de « Les formules de Swâmi Prajnanpad
commentées par Arnaud Desjardins»



La vie est un festival de nouveauté...
Un des aspects du mental, si vous voulez comprendre ce dont vous devez vous libérer, réside dans cette tentative à peu près permanente pour figer le cours des choses, pour nier le changement de toutes les manières possibles.
Regardez en vous-mêmes tout ce à quoi vous vous attachez pour essayer d'établir une stabilité illusoire. Les réalités durent un certain temps : une maison a été construite, tôt ou tard elle tombera en ruine ou elle sera démolie mais elle dure malgré tout un certain temps.
Seulement il s'agit d'une apparence de fixité sur laquelle nous ne pouvons pas compter.
Dans le monde des formes, il n'y a que changement et le mental est constitué d'habitudes qui vous sécurisent illusoirement.
Pourquoi ne pas aller avec le mouvement ? 
Pourquoi refuser ? Il faudra bien un jour lâcher, aller avec le courant.
C'est une danse. Dansez. 
Mais une danse représente un devenir, elle n'est pas fixe comme une peinture.
Est-ce que vous allez un jour aller avec le mouvement de l'univers tel qu'il se manifeste dans vos vies, ce que Swâmiji qualifiait de "festival of newness", une fête de la nouveauté ?
Acceptez les passages, les transformations.
Entre la chenille et le papillon, il y a un passage que nous appelons la chrysalide.
Acceptez, jouez le jeu, cessez de vous accrocher à vos repères et à vos habitudes.

dimanche 26 juin 2011

La confiance

Extrait du livre « Au coeur du présent»
d'Osho

Souvenez-vous toujours que vous ne devez devenir méfiant à aucun prix.
Même si votre confiance permet à l'autre de vous tromper, cela vaut mieux que de ne pas faire confiance.
C'est très facile de faire confiance quand tout le monde est aimant et que personne ne vous trompé. Mais même si tout le monde tente de vous tromper - et vous ne pouvez être trompé que quand vous faites confiance - même là, continuez à faire confiance.
Ne perdez jamais confiance en la confiance, quel qu'en soit le prix, et vous ne serez jamais perdant, parce qu'en elle-même, la confiance est la fin ultime. Elle ne devrait pas être un moyen, elle a sa propre valeur intrinsèque.
Si vous pouvez faire confiance, vous restez ouvert.
Les gens se ferment pour que personne ne les trompe ou ne profite d'eux.
Laissez-les profiter de vous !
Si pourtant vous continuez à faire confiance, une belle floraison surviendra, car il n'y aura pas de peur. La peur, c'est que les gens vous trompent - mais une fois que vous acceptez cela, il n'y a plus de peur, plus de barrière à votre ouverture. La peur est plus dangereuse que tout le mal que quelqu'un peut vous faire. Cette peur peut empoisonner toute votre vie.
Aussi restez ouvert, faites confiance innocemment, inconditionnellement.
Vous fleurirez et vous aiderez les autres à fleurir lorsqu'ils prendront conscience qu'ils ne vous ont nullement trompé, mais qu'ils se sont trompés eux-mêmes. Vous ne pouvez pas tromper une personne éternellement si elle continue à vous faire confiance.
Cette confiance même vous ramènera sans cesse à vous-même.

samedi 25 juin 2011

Abîme

Article du site « Propos sur la non-dualité et l'unicité absolue » de Monko


Avec Angélus, je peux dire ceci: "Je ne suis pas ce que je sais, je ne sais pas ce que je suis".

Chaque fois que mon regard se penche, s'épanche vers ce que les hommes appellent l'intérieur ou extérieur, c'est un grand vide sans fond, un abîme qui s'ouvre dans lequel rien ne peut adhérer, nul savoir, nulle ignorance. Le vaste monde est un abîme, le corps est un abîme, l'esprit est un abîme. Un seul abîme, qui ne connaît pas de dimension, de contour ; il est sans couleur, sans odeur, sans senation, sans pensée, sans émotion, sans son, sans silence, sans conscience; il n'est ni rien ni quelque chose, rien ni personne ne peuvent le décrire, l'approcher, s'en séparer.

Alors ils disent: "le Soi est ce qui perçoit, la Conscience est ce qui voit".
Mais percevoir quoi ? Une table ? Le chant de l'oiseau ? La montagne ?
Et alors ? Quelle différence cela fait-il que ce soit la Conscience ou moi qui perçoivent ces choses ?
Il y a que ces diseurs de slogans ne sont jamais tombés dans le vide.
Sinon ils verraient qu'ils ne voient ou n'entendent rien.
Ils verraient qu'ils ne sont que cécité, surdité, dépourvus de tout sens tactile, olfactif, sensoriel, dépourvus de toute pensée, de toute émotion...
Ils verraient "qu'il y a qu'il n'y a pas".
Et pourtant, oui, sans cesse un miracle s'opère : il y a bien quelque chose.
Et "il y a qu'il y a" pensée, sensation, son, perception visuelle, toucher, odeurs.
Et c'est l'abîme qui, étant l'origine de tout cela, le rend possible, et unifié, par la Conscience.
Et par la Conscience, qu'on peut comprendre comme l'interface entre le vide et le plein, permet l'expérience que tout ce qui est est l'abîme même, que tout être n'est pas et que tout non-être est, que le monde existe et n'existe pas au même instant, et que tout cela n'est que Conscience.
Aussi la Conscience ne perçoit-elle pas d'objets "réels" ou "irréels", mais ne perçoit qu'elle-même, elle EST la connaissance du "vide en tant que le plein".

Mais que sont toutes ces explications, au fond ?
Une simple tentative poétique de vous dire à quel point je vis, quotidiennement, dépourvu de ce genre de pensées ou compréhensions. Tout cela pour dire que "ne pas comprendre" est ce qu'il y a de plus intime (comme l'abîme), comme le disait Rakan Keichin (867-928), maître zen.
On comprend la Voie sans la comprendre, car la voie, pénétrant tout, ne laisse aucune place à un individu "compréhensif" car il faudrait pour cela créer une séparation, une "second", et donc une faille au sein de l'abîme !...

Voilà pourquoi la véritable pratique se déploie en l'absence de toute idée de pratiquer, la véritable assise en l'absence de toute idée de s'asseoir. Alors, instantanément, s'asseoir est tomber dans l'abîme, l'ultime réalité...

Alors, ayant ouvert ce post avec Angélus, fermons-le avec lui:

"Ce que Dieu est, nul ne le sait. Il n'est ni lumière, ni esprit, ni béatitude, ni unité, ni ce qu'on nomme Déité, ni sagesse, ni intelligence, ni amour, ni vouloir, ni bonté, ni chose, ni d'ailleurs non-chose, ni essence, ni affect. Il est ce que ni moi, ni toi, ni nul être ne peut éprouver tant que nous ne sommes pas devenus ce qu'Il est..."

vendredi 24 juin 2011

Petit poisson

 Extrait de « Humour Zen »
d'Henri Brunel


Un étudiant zen s'avança vers le maître et lui dit d'un ton pénétré :
« L'éclat du Bouddha illumine l'univers entier.
- Taïro, cette phrase n'est pas de toi, tu ne penses pas, tu ne parles pas, tu récites !
- Maître, protesta l'étudiant, je me nourris des textes sacrés, je lis sans repos ni trêve les grands auteurs du passé, jamais ne cesse ma quête. Je cherche la Vérité du Bouddha...
- Taïro, dit le maître en souriant, tu ressembles à un petit poisson qui demande partout où est la mer...
- Que voulez-vous dire, Maître ?
- Taïro, tu es né dans la mer, tu vis dans la mer, tu finiras dans la mer.
Ne cherche plus... Tu es la mer ! »