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samedi 7 mai 2011

Les étiquettes

 Extrait de « Lorsque la conscience s'éveille »
d'Anthony De Mello



L'important n'est pas de savoir qui est «je» et ce en quoi il consiste.
Vous n'y arriverez jamais. Il n'y a pas de mots pour le décrire.
L'important est de laisser tomber les étiquettes.
Les maîtres zen japonais disent :
«Ne cherchez pas la vérité, contentez-vous de laisser tomber vos opinionsLaissez tomber vos théories, ne cherchez pas la vérité.
La vérité n'est pas une chose que l'on doit chercher.
Lorsque vous cesserez d'avoir des opinions, vous saurez.
Ce que je veux dire par «étiquette» ?
Toutes les étiquettes qu'il vous est possible de concevoir, sauf peut-être celle d'être humain. Je suis un être humain.
On ne peut pas affirmer que cela veuille dire grand chose.
Mais lorsque vous dites: «Je suis un être qui réussit», cela n'a pas de sens.
Le succès ne fait pas partie du «je».
Le succès est une chose qui va et vient ; il peut être ici aujourd'hui et disparaître le lendemain. Ce n'est pas «je». Lorsque vous dites : «Je suis un être qui réussit», vous êtes dans l'erreur, vous êtes plongé dans les ténèbres. Vous vous identifiez avec le succès. C'est pareil lorsque vous dites: «Je suis un être qui a échoué, ou je suis un avocat, ou je suis un homme d'affaires
Vous savez ce qui va vous arriver si vous vous identifiez avec ces choses, n'est-ce pas ? Vous allez vous y accrocher, vous allez avoir peur qu'elles vous échappent, qu'elles s'écroulent, et c'est là que commenceront vos souffrances.
C'est ce que j'ai voulu exprimer lorsque je vous ai dit: «Vous souffrez parce que vous êtes endormi
Voulez-vous que je vous donne une preuve de votre sommeil ? Vous souffrez.
La souffrance prouve que vous avez perdu contact avec la réalité.
La souffrance vous est donnée afin que vous ouvriez les yeux sur la vérité, afin que vous puissiez comprendre qu'il y a un mensonge quelque part.
Elle est comme ces douleurs physiques qui vous sont données afin que vous puissiez comprendre qu'une maladie ou un problème physiologique est en vous.
La souffrance survient lorsqu'on se heurte à la réalité.
Lorsque les illusions se heurtent à la réalité, lorsque les mensonges se heurtent à la réalité, on souffre. En dehors de cela, il n'y a pas de souffrance.

vendredi 6 mai 2011

Au-delà de la pensée

Extrait d'« Unité avec toute vie» d'Eckhart Tolle


Pour la majorité des gens, la réalité est ceci : dès qu'ils perçoivent une chose, ils la nomment, l'interprètent, la comparent à une autre, l'aiment, ne l'aiment pas, la qualifient de bonne ou de mauvaise par l'intermédiaire de l'ego. Ces gens sont prisonniers des formes-pensées, de la conscience des objets.
Vous ne pouvez pas vous éveiller spirituellement à moins d'arrêter d'attribuer compulsivement et inconsciemment des noms à tout, ou à tout le moins de devenir conscient que vous le faites et ainsi de pouvoir l'observer quand vous le faites. C'est grâce à cette constante attribution de noms que l'ego se maintient en tant que mental non conscientisé. Chaque fois que cette activité cesse, et même quand vous en devenez juste conscient, l'espace intérieur apparaît et le mental ne vous possède plus.

Choisissez un objet qui se trouve près de vous (un stylo, une chaise, une plante) et explorez-le visuellement. Regardez-le avec grand intérêt, presque avec de la curiosité. Evitez de choisir tout objet ayant une forte connotation personnelle et qui vous rappelle le passé (où vous l'avez acheté, qui vous en a fait cadeau, etc.). Evitez également de choisir un objet avec de l'écriture, entre autres, un livre ou une bouteille. Cela viendrait stimuler vos pensées. Sans vous forcer mais tout en étant détendu et vigilant, accordez votre attention totale à l'objet en question, à chacun de ses détails. Si des pensées surviennent, ne vous laissez pas prendre par elles. Ce ne sont pas les pensées qui vous intéressent ici, mais l'acte de percevoir comme tel. Réussissez-vous à percevoir sans penser ? Réussissez-vous à regarder sans que la voix dans votre tête y aille de ses commentaires, tire des conclusions, compare ou essaie de comprendre quelque chose ? Après deux ou trois minutes, laissez votre regard errer dans toute la pièce ou dans l'endroit où vous êtes, votre attention vigilante venant éclairer tout ce sur quoi elle s'attarde.

Ensuite, écoutez les sons qu'il peut y avoir autour de vous. Ecoutez-les de la même façon que vous avez regardé autour de vous. Certains sons seront naturels (l'eau, le vent, les oiseaux), d'autres artificiels. Certains seront agréables, d'autres désagréables. Ne faites cependant pas de distinction entre le bon et le mauvais. Laissez chaque son être ce qu'il est, sans l'interpréter. Ici aussi, l'attention détendue mais vigilante est la clé.
Mais quand nous percevons sans interpréter ni étiqueter, c'est-à-dire sans ajouter de pensée à nos perceptions, nous pouvons en fait sentir le lien profond qui unit tout ce que nous percevons comme étant dissocié.

Voyez si vous réussissez à attraper (remarquer) la voix dans votre tête au moment même où elle se plaint de quelque chose. Reconnaissez-la pour ce qu'elle est, c'est-à-dire la voix dans votre tête, rien de plus qu'un schème mental conditionné, une pensée. Chaque fois que vous remarquerez cette voix, vous réaliserez également que vous n'êtes pas la voix mais celui qui en est conscient.
En fait, vous êtes la conscience qui est consciente de la voix. En arrière, il y a la conscience et en avant, la voix, le penseur. De cette façon, vous commencez à vous libérer de l'ego, à vous libérer du mental.

jeudi 5 mai 2011

Le souvenir sain

Texte de David Ciussi
extrait du "Petit livre de l'éveil n°4 : La recherche spirituelle"


Ce que l’on a touché du bout de l’âme reste inscrit au plus profond d’un souvenir sain, celui d’être en unité avec tout ce qui est, où découvrir n’était pas apprendre…

Pourquoi chercherions-nous à retrouver le chemin perdu pour rentrer chez nous, dans cette intimité profonde, si nous n’en avions pas déjà le goût ?

Je cherche parce que je me souviens.

Qui n’a pas gardé le sentiment simple d’être « en entier » dans les souvenirs sains et inaltérables de son enfance : la senteur douce et sucrée des fleurs de glycine s’exhalant sur les murs décrépis de l’école, le parfum du lilas dans le jardin de votre grand-mère ?

Vous souvenez-vous du plaisir de la découverte, instant simple où tout était suspendu, coïncidence fulgurante de notre âme rejoignant l’indicible beauté du tout… précieux et toujours uniques moments où le temps « se semait » en rendez-vous intimes, effleurements d’instants simples…

Vous souvenez-vous comme, posé sur les ailes du papillon voletant d’un endroit à l’autre, notre présence était légère. Tout était relié et cousu ensemble. Le temps et l’espace n’existaient pas encore et les mots n’étaient pas encore nés pour séparer les choses.

L’expérience d’unité est la plus naturelle qui soit et nous en gardons une nostalgie qui nous pousse à la retrouver.

Aussi recherchons-nous toute notre vie ce sentiment intime du déjà vécu, où il ne manquait rien.

mercredi 4 mai 2011

Etre avec ce qui est

Extrait de « Le singe sur le sentier du sage »
de Thierry Vissac


La rivière est un mouvement transparent, avec une intention et une direction.
Il en est de même pour ce qui nous traverse.
Les émotions mal aimées ont la vie rude parce qu'elles sont perçues comme des intruses dans la perception de l'homme qui veut tout contrôler.
Mais comment avons-nous décidé qu'elles étaient des intruses ?
Leur avons-nous jamais ouvert la porte ? Avons-nous jamais accompagné l'une d'entre elles pour vérifier de quoi elle est faite, quel est son chemin naturel (quand on ne tente pas d'en faire quelque chose) et quel est son but ?
Dans le marasme de la quête actuelle, j'ai pu vérifier qu'une telle possibilité fait écarquiller les yeux de la plupart des vieux adhérents de la non-dualité (quand cela ne les fait pas bouillir de colère rentrée). Certains vont parfois risquer une question hors-cadre, comme si le dogme qui les contraint se dissipait brièvement :
- Vous voulez dire qu'on devrait accepter les émotions et les vivre pleinement ?
Il y a comme une saveur de sacrilège dénoncé dans la question, un frémissement d'outrage.
- Je veux dire qu'il n'y a rien à exclure...
Et, tout à coup, la grande cape noire du mental s'interpose :
- Mais je n'existe pas, je ne suis pas ce corps, je ne suis pas ces émotions.
- Vous êtes par nature celui qui peut accueillir toute chose. Vous êtes Accueil, si vous voulez, plutôt que « émotion ». Mais il n'y a pas de séparation entre celui qui accueille et ce qu'il accueille. Cela ne donne pas de valeur particulière à ce qui est accueilli, qui est transitoire, comme l'est une pensée, une émotion mais il n'y a cependant pas de rejet non plus. Sans rejet, et sans valeur donnée à l'événement, qu'il soit intérieur ou extérieur à soi, la relation est saine, vivante, sans poids. Pourquoi voulez-vous vous couper de l'émotion, elle est la vie. Ce qui fait de l'émotion un problème, c'est le conflit que vous avez avec elle.
- Pourquoi voulez-vous accueillir quelque chose qui n'est pas réel ?
- D'où tenez-vous que ce n'est pas réel ? Quelqu'un vous l'a dit, ou vous l'avez vérifié par vous-même ? Quand vous êtes irrité par ce que je dis dans cet instant, vous trouvez cette irritation irréelle ? En quoi est-elle irréelle ? Alors écoutez, plutôt que de pérorer sur la nature du réel : allez à la rencontre de cette émotion qui vous travaille au corps à cet instant et explorez sa nature et son enseignement. Ensuite, si nécessaire, nous parlerons.
Les plus courageux vont tenter cette expérience. Mais la tendance est à la fuite et la panique s'empare d'eux facilement si leur effort les amène à effleurer ce qu'ils ont évité pendant des années. Il faudra y revenir pour que la rencontre se produise.
Quant à ceux qui se jettent aux pieds des avatars pour vivre un moment d'amour pur, la réaction est différente. Il y a moins de résistances exprimées mais plus d'incrédulité encore concernant leur potentiel à vivre l'amour en soi :
- J'ai déjà essayé de ne plus me fuir. La première chose que je rencontre en moi est la douleur, un point de souffrance. Naturellement, je vais chercher ailleurs.
- Peut-être n'avez-vous jamais vraiment essayé ? Vous n'approcherez pas d'un animal si vous ne le croyez pas inoffensif. Vous ferez semblant mais vous ne le ferez pas.
- Comment m'y prendre alors ?
II faut d'abord que vous abandonniez cet investissement dans les avatars, que cesse cette course vous éloignant du Réel. Qu'en dites-vous ?
- Je sens comme une résistance en moi à cette idée.
- C'est la mesure de votre investissement. Non seulement, vous n'approcherez pas l'animal que vous pensez être, parce qu'il ne vous paraît pas inoffensif, mais vous avez la certitude qu'il y a une peluche quelque part, du même animal, qui pourra vous consoler de votre mal-être.
- Je cherche la consolation et j'entretiens mes illusions, c'est vrai. J'en suis conscient, quoi que je dise. Mais qu'avez-vous d'autre à proposer ?
- Je vous propose de découvrir en vous l'espace de Paix sans miser sur un autre pour l'éveiller. Le fait que vous vous sentiez un peu mieux en présence de cette personne n'est pas un problème aussi longtemps que cela ne devient pas une dépendance. Vous devez trouver en vous votre propre fondation.
- Je ne sais toujours pas où est cette fondation en moi ni si elle existe.
- Pour trouver la fondation, vous devez partir de l'endroit de la maison où vous vous trouvez. Voyez, par exemple, cette émotion qui s'anime en vous au moment où nous parlons. Pouvez-vous « être avec » cette émotion, sans tenter de la maîtriser ou d'en faire quelque chose d'autre ?
- C'est difficile, j'ai déjà tellement pleuré dans ma vie, ça ne m'apporte rien.
- Il ne s'agit pas d'apporter quelque chose, mais d'être avec ce qui est. Si une émotion apparaît, elle est là, vous êtes d'accord ? Vous ne pouvez pas la nier.
- Oui, mais j'aimerais qu'elle n'y soit pas.
- C'est bien la cause de la division en vous et en particulier de cette quête vers l'extérieur pour trouver la paix. Vous rencontrez en vous des réalités qui ne vous plaisent pas et vous les refusez. Vous êtes alors en déséquilibre, vous n'avez pas trouvé la fondation en vous. Vous allez cependant réaliser que la fondation n'est pas l'absence d'émotions ou de toutes choses que vous jugez mal, mais la relation paisible que vous entretenez avec ces émotions.
- Mais ces émotions sont douloureuses, envahissantes, comment voulez-vous que je les accepte ?
- La douleur que vous ressentez au contact de cette émotion transitoire est due à la résistance que vous lui opposez. Si vous laissiez l'émotion libre de circuler, elle ne ferait que passer et son passage serait bien plus doux.
- Si j'accepte l'émotion, elle va passer, peut-être. Mais elle va revenir ?
- Il n'y a pas de problème avec vos émotions, elles ne vous rendent pas inadapté au monde ou inférieur aux autres. Elles sont des mouvements naturels de vie en vous. C'est le combat que vous menez contre ces réalités - certains se sont même fait croire qu'elles n'étaient pas «réelles» pour s'en débarrasser mais Dieu soit loué, vous n'êtes pas tombé dans ce piège - qui provoque la souffrance. Vous voyez, vous n'avez jamais vraiment essayé d'être avec ce qui est. Mais il n'est pas trop tard.

mardi 3 mai 2011

La conscience témoin n'est pas personnelle

Extraits de « La Voie directe : s'identifier à la conscience pure»
de Greg Goode


Pages 28 - 30

La conscience témoin à laquelle apparaissent toutes ces manifestations n'est pas personnelle. Il n'y en a pas une par personne. C'est impossible et il y a plusieurs façons de voir cela.
Une façon est de voir que la conscience pure n'a pas d'attributs physiques. Elle ne peut pas être divisée en morceaux.
La conscience pure est ce à quoi les manifestations apparaissent.
Ainsi, elle n'a pas de forme, de couleur, de texture ni de localisation.
Il n'est donc pas possible qu'il y ait davantage de conscience à certains endroits qu'à d'autres. La conscience pure n'a pas de densité, alors il ne peut pas y en avoir davantage dans la tête de quelqu'un qu'au milieu du désert.
Une autre façon de voir que la conscience pure n'est pas personnelle est de voir qu'on ne trouve rien de disponible indépendamment pouvant servir de substance ou principe de division.
Si nous pensons que la conscience pure est compartimentée spatialement par les os du crâne, nous n'avons pas pleinement réalisé que crânes et os sont des objets physiques ressentis comme des pensées ou des sensations (manifestations) qui apparaissent à la conscience témoin.
Parfois les enseignements non-duels tentent d'expliquer le monde de la multiplicité en disant que la conscience sans objet a eu le désir de s'éprouver d'une nouvelle façon et de ce fait a créé tout l'univers phénoménal des percipients individuels et sujets conscients. Au début ceci peut être un enseignement efficace. Il peut aider l'étudiant à sentir un lien entre la conscience pure et le monde des objets, de sorte que rien ne semble totalement séparé de la conscience pure.
Mais par la suite, cet enseignement est moins utile.
Notez que cette théorie de la création donne un air étrangement humain à la conscience pure - ennui, désir et production. Mais notre amour pour la conscience pure nous a incité à vouloir découvrir ses secrets profonds, et la raison supérieure nous a permis de voir que les caractéristiques humaines sont des manifestations dans la conscience pure. De ce fait elles n'ont pas le pouvoir de jouer le rôle de principes individuants qui divisent la conscience pure. Le dessin d'une fissure ne peut pas diviser un terrain.
La raison supérieure se rend compte que tout ce qui a l’air de personnaliser la conscience pure est en fait déjà intérieur à la conscience pure en tant que manifestation.
La conscience pure est infiniment plus subtile que l’espace, et elle est intégrale et continue.

lundi 2 mai 2011

Les deux portes

Extrait du livre « Au coeur du présent»
d'Osho

La vérité est en vous.
Elle est au cœur même du chercheur.
Alors, si sur une porte il est écrit «illusion» et sur une autre «vérité», ne vous souciez pas de choisir entre les deux. Les deux sont illusoires.
Vous êtes la vérité.
La vérité est votre conscience.
Devenez plus alerte et plus conscient.
Il ne s'agit pas de choisir entre des portes.
L'obscurité est là parce que vous êtes inconscient, aucune lumière extérieure ne peut donc vous aider. Je peux vous donner une lampe tout de suite, mais cela n'aidera pas. Dès que vous serez arrivé à votre chambre, elle s'éteindra.
Vous devez devenir plus conscient, de plus en plus conscient et alerte, afin que votre flamme intérieure, et elle seule, éclaire votre environnement.
Dans cette lumière, vous verrez que toutes les portes ont disparu.
La porte qui était illusion et la porte qui était vérité - toutes deux ont disparu.
Elles conspiraient toutes deux.
En fait, les deux conduisent au même endroit.
Elles vous donnent seulement l'illusion d'un choix.
Ainsi, peu importe ce que vous choisissez, vous choisissez toujours la même chose.
Les deux conduisent dans un même passage.
Vous aboutissez finalement à l'illusion.
Le problème n'est donc pas là.
Le problème, c'est comment devenir plus alerte.

dimanche 1 mai 2011

Le rêve de la séparation

Texte de Tony Parsons



Tout ce qu’il y a est le rien étant tout. Et en part de ce tout, apparaît la croyance et l’expérience au quotidien d’être un soi séparé – un individu apparent disposant d’une volonté, d’un pouvoir de choix et d’une capacité à agir qui lui seraient propres. Ceci est spécifique à l’homme et est appelé conscience de soi. La plupart des gens prennent cela pour la réalité.

Ce sentiment apparent d’être séparé est à la racine de la souffrance, du mal-être et du sentiment de perte qui conduisent à chercher à y échapper ou à résoudre la situation. C’est l’Etre rêvant qu’il est séparé de lui-même, cherchant urbi et orbi un tout qui n’a jamais cessé d’être. C’est le rêve hypnotique de séparation qui, pour le rêveur, est très réel.

Le dilemme pour le rêveur en recherche est que le sentiment de séparation gouverne la quête de solution ce qui alimente plus avant le sentiment de séparation.

Le développement d’un « esprit » intelligent et capable de compréhension s’accompagne apparemment du pouvoir d’opérer des choix et des actions en une tentative de négocier avec le monde. Ces tractations ne sont pas toujours couronnées de succès et l’individu semble faire l’expérience de souffrances et de plaisirs qui lui seraient propres.

Tout ceci engendre également chez le rêveur une grande considération pour les conseils, les orientations et le contrôle qui émanent en apparence de l’esprit-qui-comprend. Toutefois, tant qu’il y a un sens de la séparation, il subsiste un sentiment d’insatisfaction ou de perte et une recherche visant à le dissiper.

L’entité séparée ne peut que tenter d’imaginer ou de projeter ce à quoi ressemble de ne pas être séparé. Ce qui est recherché est la possibilité d’un but ou d’un état futur pouvant être réalisé et qui, par conséquent, et en toute logique, doit être approchable. A partir de là, la fonction de la recherche et l’enseignement tourné vers le devenir, enferment le chercheur dans un état de constante aspiration à se rapprocher de quelque chose qu’il ne peut saisir. Tout cela est expression de l’Etre, se manifestant en tant que ce bon vieil esprit-qui-comprend, fiable et digne de confiance, fonctionnant de la seule manière qu’il connaisse… en perpétuelle agitation et constante anticipation. C’est cette activité tournée vers le devenir qui très efficacement maintient le chercheur dans le rêve hypnotique d’un élan vers quelque chose qu’il ne peut saisir.

Bien sûr, la Libération peut, apparemment, survenir, totalement à son gré en dépit de tous ces efforts.

Le seul autre espoir pour le rêveur, pour l’apparent chercheur spirituel, est de croire en une énergie bienveillante (disons Dieu, la Conscience ou un soi-disant maître illuminé) qui puisse être motivée pour le guider et choisir de l’influencer tout au long d’un cheminement finissant par conduire à la plénitude. Mais Il n’est aucun choix à quelque niveau que ce soit. Toutes ces idées de devenir, de but, de dessein, de choix et de destinée naissent au sein du rêve.

Le paradoxe tient à ce que l’Etre bien qu’apparaissant en tant que rêveur en recherche, n’est pas un état qui puisse être imaginé, conçu, atteint ou même réalisé à travers une quête dont il ferait l’objet. Etre ne requiert absolument rien… il est le Rien et le Tout - déjà complétude et plénitude immaculées. Rien n’a besoin d’être transformé ou atteint, abandonné ou trouvé, pour qu’Etre simplement Soit. L’apparence de séparation est simplement l’expression de l’Etre. L’idée même de quelque chose qui aurait besoin d’approcher ce qui est déjà, est merveilleusement futile. L’Etre est un comédien au public qui ne rit jamais.

Le chercheur rêvé éprouve un sentiment de perte et d’indignité et de ce fait se trouve très attiré par les enseignements dans le rêve qui impliquent la purification, l’effort soutenu, l’abandon, la dévotion et la culture de la renonciation et le détachement.

Il y a une sorte d’inéluctabilité logique et d’indéniable honorabilité attachée à ces notions qui résonnent avec le sentiment de manque. La voie quasi sans fin de l’effort assure joyeusement la prorogation de l’expérience individuelle. Ces idées semblent émaner directement de l’histoire d’une sagesse traditionnelle parfaitement cohérente et digne de foi et qui assurément doit être respectée, quand bien même elle ne nous parviendrait plus qu’en tant que mots couchés sur des bouts de papier.

Deux voies traditionnelles s’attachent à résoudre ou à échapper au sentiment de séparation : la méditation et le questionnement de soi.

Dans la méditation, il semble possible, par l’intermédiaire d’une guidance et de choix apparents, d’atteindre certains états de tranquillité ou de béatitude qui semblent meilleurs que le sentiment de séparation. La croyance prévalente est que l’effort assidu à la méditation va cristalliser l’état et finira par le rendre permanent. Mais ces états ne sont que des expériences personnelles subtiles survenants à l’intérieur de l’histoire rêvée. Ainsi à l’instar de toute autre activité inscrite dans le temps, ces expériences apparaissent et disparaissent.

Le questionnement de soi est un processus similaire dans le sens où l’individu à pour but de choisir d’agir ou de faire un effort pour atteindre un endroit nommé conscience qui, son maître le lui promet, apportera paix de l’esprit, joie et fin de toute souffrance.

Une grande importance est attribuée à la nécessité de mener une investigation rigoureuse des processus de pensées, etc. et de maintenir une vigilance prévenant « la distraction par des pensées centrées sur soi. »

Toute cette activité se fonde sur le principe de l’acquisition et du maintien d’une possession personnelle de l’unicité.

L’effet de l’état conscient est un mouvement apparent vers un plan de détachement qui à première vue semble très libérateur, puissant et sécure… Un peu comme être dans une cage de verre d’où la vie peut être observée sans que l’observateur soit jamais affecté. Cela demeure une expérience personnelle subtile empreinte de dualité, se déroulant au sein de l’histoire rêvée de la séparation. De ce fait elle est transitoire.

La conscience du déroulement de la vie n’est pas Etre la vie.

De façon prévisible, la conscience de soi (la présence à soi des bouddhistes) est facilement oubliée, perdue, ou encore submergée par les pensées du rêve ou par certaines situations fortement émotionnelles. La cage de verre est ébranlée et l’endroit où vous sembliez établi paraît à nouveau perdu. Le chercheur rêvé va se remettre au questionnement de soi, en quête d’un nouveau coup de pouce, à moins que ne soit réalisé que la culture de l’état conscient n’est simplement qu’un autre refuge au sein du rêve de la séparation.

Tout cela est simplement l’expression de l’Etre.

Une autre façon pour le rêveur d’éviter d’être, simplement, est de tenter de comprendre ou d’éclaircir sa propre nature. Il est très facile de se retrouver prisonnier de concepts non duels. La singulière et inexorable réitération de notions telles que « tout ce qui est, est Etre », « Tout est expression de l’Etre» ou « il n’est personne » est une forme de communication aride et simpliste. Elle n’aborde ni n’éclaire l’apparent dilemme du chercheur du rêve, et de toute évidence ignore l’essence énergétique primordiale de la vie se vivant elle-même, implicite dans le simple fait d’Etre.

Dire constamment qu’être éveillé ou assoupi n’a aucun sens puisque « Etre est tout ce qui est » est comme dire à un aveugle que son état n’est pas un problème puisque « voir est tout ce qui est » C’est de l’idéalisme pur. Bien sûr, il n’existe rien de tel qu’être assoupi ou éveillé, mais cela ne peut être vu avant la disparition de celui qui cherche à voir.

...

Il est possible que puisse surgir la clarté, mais l’ultime compréhension n’est pas la libération. Cela dit, tout cette communication conceptuelle est secondaire en regard d’un élément primordial très illuminant. C’est élément est du domaine énergétique, il s’agit du déploiement impersonnel de la vie… la vibrante merveille implicite dans le simple fait d’Etre. C’est un déplacement énergétique, conduisant apparemment hors de la contraction vers l’illimité. Ce « sans limite » ne peut être possédé et par conséquent ne peut être concédé. Sa simplicité confond profondément l’esprit, mais il en émerge une reconnaissance impersonnelle qu’il n’est personne et rien à libérer. Toute idée de séparation, de souffrance individuelle, de libre-arbitre, de choix autonome, de sens, de dessein ou de but, de destiné, de hiérarchie et de tradition est simplement vue, par personne, comme le drame rêvé de l’Etre.

Il semble que l’esprit en recherche éprouve une fascination pour la lutte, la difficulté et la complexité. Tout le tissu de la « recherche spirituelle » est truffé d’histoires de constructions impressionnantes, apparemment reposant sur des débuts modestes. Le bouddhisme, la chrétienté et combien d’autres dogmes se disputent le fait d’avoir les meilleurs dieux. Les catéchismes du péché et de l’indignité, tout comme les notions de degrés de conscience et de niveaux d’éveil, sont inventoriés, questionnés, explorés, disséqués et font l’objet de farouches affrontements.

L’esprit adore l‘idée d’une illumination qui serait une sorte de lieu distant, virtuellement inatteignable, un espace parfait de félicité permanente, libre de toute souffrance et empli d’omniscience, d’omniprésence, d’omnipotence et de toute une ribambelle d’autres « omnis » très importants, affairés au calcul des tenants et aboutissants et déterminés à sauver le monde. Et bien sûr, comme toute cette gloire et cette distinction doit être conquise de haute lutte, il semble naturel qu’elle soit assortie d’une interminable errance dans les affres de « l’obscure nuit de l’âme », d’innombrables karmas passés, du péché originel, de la pensée juste, de l’action juste et de la préparation aux bardos. « Un conte narré par un sot, plein de bruit et de fureur, mais n’ayant aucun sens. »

Pourtant, Etre, simplement et naturellement Etre, est une constante tellement ordinaire et empreinte de tant de douceur. Quand cela est vu, c’est. Quand cela passe inaperçu, c’est.

Etre ne nécessite aucun effort et ne requiert aucun critère. Intemporel, il n’est pas de voie à épuiser, pas de dettes à payer. C’est déjà totalement su. Quand ceci est entendu et que la confusion se dissipe, quand la tension pour s’emparer de l’ultime se relâche et que la vibrante énergie d’être « la vie même se déployant » devient apparente, quelque chose d’autre émerge, de façon très naturelle, bien sûr, car il s’agit de tout ce qui déjà est.