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dimanche 13 mars 2011

S’insérer dans le flux de la vie

Extrait de « Déraciner la souffrance »
de Nicole Montineri


Il n'y a rien que le moi puisse faire, si ce n'est s'insérer dans le flux de la vie, accueillir le mouvement, consentir au changement.
Dans ce lent processus d'effacement, il s'allège du poids des désirs innombrables après lesquels il court et qui ne donnent à l'existence que le sens qu'amène leur satisfaction.
Car c'est cette entité en perpétuelle attente de plaisirs qui fait paraître les événements agréables ou douloureux en fonction de ses aspirations et qui crée les réactions émotionnelles en corrélation.

La voie des désirs - y compris celui de se débarrasser de l'ego - est la même que celle de la souffrance.
Tout est lié : nos souffrances sont centrées sur le moi et sa recherche permanente de plaisirs, sur cette image que chacun de nous crée de peur de n'être rien.
Il nous faut découvrir qui est ce moi, suivre ses méandres compliqués, pénétrer ses voies contradictoires, comprendre que sa poursuite sans fin de tant de désirs est la quête dramatiquement faussée du sens véritable de la vie.

Aussi longtemps que nous construisons notre existence autour de la recherche et de la jouissance de plaisirs sensuels, matériels et spirituels, nous souffrons.
Si nous parvenons à comprendre qui est ce paquet de souvenirs qui s'accroche aux expériences agréables et donne vie à toutes les projections, la souffrance se dissoudra d'elle-même.

Observer et comprendre ce moi revient à découvrir les racines de la souffrance.
Elles ne sont pas à rechercher à l'extérieur, contrairement à ce que nos habitudes mentales nous poussent à faire. La souffrance vient du moi, c'est lui qui est à l'origine de cette manifestation.
Même si nous sommes persuadés que nous sommes innocents chaque fois que nous souffrons, même si nous croyons que nos tourments sont apportés par les expériences désagréables qui surviennent dans notre destinée, la souffrance ne vient jamais de l'extérieur.
Aucun dieu, aucune religion, aucun enseignant spirituel ou psychothérapeute ne peut donc nous en libérer.
La souffrance disparaît d'elle-même lorsque le moi, ce centre qui se condamne lui-même aux tourments en refusant obstinément tout ce qui peut contrarier ses désirs, est compris.

« Tant que tu ne te libéreras pas de ton vouloir, tu auras beau fuir, tu retrouveras partout obstacles et inquiétudes », dit Maître Eckhart.

samedi 12 mars 2011

Par quoi commencer ?

Extraits de « La Voie directe : s'identifier à la conscience pure»
de Greg Goode


Pages 14 - 17

La meilleure façon de commencer est par l'aspect le plus tangible de l'expérience. On commence par ce qui semble le plus manifestement différent de la conscience pure : le monde physique. Le monde physique semble dur, solide, lourd, impénétrable, indépendant et préexistant. Il semble vraiment être là ! Il nous promène de tous côtés. Mais la conscience pure semble vaste, ouverte, généreuse, douce, tendre. Comment des objets physiques comme l'Empire State Building ou la Tour Eiffel peuvent-ils être... conscience pure ?
La raison supérieure procède comme suit.
Elle montre que l'objet extérieur ne peut pas être séparé de la forme sensorielle.
Ensuite, on découvre que la forme ne peut pas être séparée de l'acte de voir, parce que l'idée de voir passe dans la structure même de la forme.
Ensuite on se rend compte que voir ne peut pas être séparé de la conscience pure. Voir c'est être conscient. Ne pas voir c'est aussi être conscient.
À travers toute l'expérience du monde objectif, la conscience pure est le seul facteur constant et présent.
La conscience pure est ouverte, claire et affectueuse.
Elle embrasse tout et ne refuse rien.
Elle est présente même quand le monde physique n'est pas donné à l'expérience, comme dans les rêves ou le sommeil profond. Vous commencez donc votre recherche par votre expérience directe, qui est conscience pure. Il n'y a pas d'autre point de départ. En étudiant la différence entre la conscience pure et ce qui semble être autre que la conscience pure, vous vous ouvrez et embrassez cet 'autre' ; et vous découvrez qu'il est en fait vous-même. Essayons un peu.

Expérience de la tasse
Commençons avec un tout petit morceau du monde physique : une tasse à café ! Allez chercher une tasse à café et posez-la sur une surface dégagée en face de vous. Asseyez-vous, les mains sur les genoux. Regardez la tasse sans faire d'effort de concentration. Il est possible que des pensées apparaissent, par exemple au sujet de la tasse : d'où vient-elle, de quoi est-elle faite, etc. Notez que ces pensées pourraient aussi se manifester même si vos yeux étaient fermés ; elles ne font donc pas partie de votre expérience directe de la tasse. Laissez défiler ces pensées et occupez-vous seulement de l'expérience visuelle directe de la tasse.
Qu'est-ce qui est donné directement dans votre expérience visuelle directe de la tasse ?
Que voit la vision ? Il y a couleur et forme.
Notez que vous ne voyez pas la couleur sans la forme ni la forme sans la couleur.
Notez que ce que vous prenez pour la forme de la tasse est en fait basé sur l'interface entre deux teintes. Regardez les bords de la tasse ; voyez que là où la tasse se termine et où commence la table qui la supporte, c'est en fait la fin d'une couleur et le début d'une autre couleur.

D'après votre expérience visuelle directe, vous pouvez remarquer que diverses caractéristiques 'objectives' normalement attribuées à cette tasse sont ici basées sur la couleur. Distance, taille, poids, hauteur, profondeur, rondeur, texture, douceur et dureté, sont en fait basées sur des associations et des conclusions faites d'après diverses couleurs. Par exemple, considérez la profondeur : aucune couleur n'apparaît sur le devant ou l'arrière d'une autre couleur. Des zones colorées ininterrompues suggèrent 'sur le devant'; des zones colorées interrompues suggèrent 'sur l'arrière', etc. Essayez de voir comment la couleur suggère les autres qualités.

Que réalise-t-on dans cette expérience ?
Vous réalisez à travers une série d'étapes que la tasse que vous preniez auparavant pour un objet physique indépendant n'est en réalité pas autre chose que la conscience pure elle-même. Ces étapes peuvent être vues ainsi :

1. La coupe n'est pas séparée de la forme
Visuellement, vous percevez couleur et forme. Mais en dehors de ça, la vision ne capte rien d'autre directement. Réaliser que tant de choses en fait n'apparaissent pas à l'expérience visuelle directe peut être source de transformation. Vous ne percevez pas directement d'indépendance de la tasse. Autrement dit, la vision en soi ne communique pas quelque chose comme « tasse qui existe qu'on la voie ou non. » En fait, vous ne percevez pas du tout directement l'indépendance ou la séparation.
Vous ne percevez pas réellement une tasse en dehors des formes/couleurs qui sont votre expérience directe à cet instant. Vous ne ressentez pas ces couleurs et ces formes pointant à l'extérieur d'elles-mêmes vers une vraie tasse physique se trouvant au-delà. Vous n'avez aucune possibilité de vous interposer entre ces formes visuelles et une tasse 'réelle' afin de pouvoir comparer les couleurs à la tasse. Rien de cela n'est donné dans votre expérience di¬recte. Couleurs et formes données directement dans la vision ne communiquent pas qu'elles 'concernent' la tasse, qu'elles 'se réfèrent' à la tasse ou qu'elles sont « causées par » la tasse. Référence et causalité ne font pas partie de votre expérience directe. Certes, il y a des théories intellectuelles au sujet de ces choses abstraites, mais elles ne sont pas vues ou données dans votre expérience visuelle directe. Ainsi, dans l'expérience directe il n'y a pas de tasse.

2. La forme n'est pas séparée de la vue
Ensuite, vous découvrez que vous ne percevez pas la forme en dehors de la faculté de voir. Vous ne pouvez pas séparer la forme de la vue même en imagination. Vous ne pouvez pas vous interposer entre vue et forme afin de faire une comparaison. Vous n'avez aucune expérience de formes préexistantes, certaines étant vues, d'autres non. Une forme non vue n'est perçue nulle part, tout comme une pensée non pensée.
Ceci amène à la choquante conclusion qu'on ne voit jamais la forme ! La forme n'est pas quelque chose d'extérieur, indépendante de la vue ; la forme entre dans l'idée même de voir. Voir n'est pas une fonction qui opère sur la forme, c'est un synonyme de forme. Donc, en réalité on ne voit pas la forme.

3. La vue n'est pas séparée de la conscience témoin
Ensuite, on découvre que la vue elle-même ne peut pas être séparée de la conscience à laquelle elle se manifeste. Quand la vue est présente, sa présence est notée par la conscience pure. Quand la vue est absente, son absence est notée par la conscience pure. En dehors de la conscience pure, la vue n'a aucun autre moyen indépendant de se manifester ou d'être ressentie. On n'a pas d'autre accès à la vue. On ne peut pas s'interposer entre la conscience pure et la vue afin d'observer leur entrée en con¬tact. Quand la vue n'est pas présente, ce n'est pas comme un acteur en coulisse attendant d'entrer sur scène.

Ceci amène à une nouvelle découverte : du fait que voir n'est pas quelque chose qui survient indépendamment de la conscience pure, on n'est en fait jamais conscient de voir. Cela n'a pas de sens de penser que la vue est vraiment un objet. En fait, conscience pure est synonyme de voir. Du fait que la vue n'a nulle part où aller ni rien d'autre à être que la conscience pure, celle-ci est en réalité la nature de la vue. Cette même nature descend en cascade jusqu’au soi-disant objet physique, qui lui-même n’est rien d’autre que la conscience pure. C’est votre expérience directe à tous moments.

vendredi 11 mars 2011

Le manège de l'illusion

Extrait de « Pour en finir avec l'éveil»
de Karl Renz
Bienvenue, bienvenue à la foire de la vie !
Mais je vois que tu as déjà pris place sur son carrousel !
Ce que tu conduis bien !
Ta voiture est aérodynamique, munie d’une pédale d’accélération et d’un frein !
Mais avant tout d’un volant !
Ce qui permet toutes sortes de manœuvres, et tu ne t’en prives pas !
Or, curieusement, l’engin ne cesse de tourner en rond !
Tu donnes des coups de volant, à gauche, à droite ; tu freines, tu te démènes, mais jamais ne change de direction.
Ton moi, ledit ego, fonctionne de façon analogue : il va à gauche, à droite, sans toujours être content du résultat, de sorte qu’il finit par se dire : « Voyons ce que font les autres, comment ils s’y prennent ! Par exemple, le gars qui est assis là-bas ! »
Il prend décidément bien les virages. Tu l’imites, mais rien n’y fait. Tu continues de tourner en rond.

De temps à autre, le carrousel s’arrête, et tu fais une courte pause. C’est le bardo des tibétains. Puis tu te mets en quête d’un nouveau véhicule. « Cette fois ce sera peut-être un cheval, j’ai besoin de récupérer, sans doute en ai-je décidé ainsi ! ». C’est prudent de ta part, ou bien vraiment sage. En fin de compte tu empruntes une trottinette. Tous ces tours de manège t’ont à vrai dire épuisé, et tu te sens plein d’humilité, de modestie.

Ces inlassables tourner en rond ont néanmoins mûri ton moi, et il advient que tu avances dans la même direction que le carrousel lui-même. Tu t'écries alors sur un ton de triomphe :
« Cette fois-ci j'ai manoeuvré avec adresse ! Il me semble avoir enfin pigé ! »
Tu as fini par comprendre comment tout ça fonctionne.
« Voyez, j'ai le contrôle sur tout ! »
Tu te sens en harmonie avec le cosmos, en accord avec toute la création.
Et un moi accordé de cette façon-là se meut dans la même direction que le carrousel. 
« Regardez ! Regardez comme je suis doué pour conduite ! Le carrousel tourne selon la direction que je lui imprime ! Ici, moi, regardez donc ! »
Celui qui maîtrise l'art de la conduite de façon aussi incomparable est en mesure de dire aux autres comment ils doivent s'y prendre pour arriver au même résultat :
« Faites donc comme moi ! »

À présent, tu es un conducteur ayant atteint le plein éveil.
« Tous à sa suite ! » peut-on entendre avec enthousiasme.
Le mieux est d'emprunter un autobus : « Venez tous, prenez place derrière moi ! Le carrousel de la vie et moi ne faisons qu'un ! » C'est ainsi que l'on devient un guru.
Si tu veux agir avec plus de discrétion, tu peux naturellement aussi envisager une autre fonction, tout aussi importante, par exemple de conduire la voiture des sapeurs-pompiers, ou bien une ambulance - ou encore suivre l'ambulance pour des raisons de sécurité.

En tout cas, il importe de garder une vue panoramique quoi qu'il advienne, d'accélérer et de freiner au bon moment et, par¬dessus tout, de conduire avec adresse - cela facilite la tâche de tout le monde. Tu garderas ton véhicule parfaitement sur la voie et contribueras à ce que le carrousel ne dévie pas de sa trajectoire. Si seulement tout le monde pouvait conduire avec autant d'habileté ! Tu as la pleine maîtrise de ton véhicule.

Mais un jour le conducteur lâche prise par inadvertance, et tu constates, stupéfait, que l'engin fonctionne tout seul ! Il se meut sans ton intervention ! Vraiment, il tourne tout seul.
Le Soi tourne, il n'y a à faire aucun effort.
Tu peux te reculer et goûter l'ensemble. 
Le bonheur est là sans cesse, de façon immédiate.

jeudi 10 mars 2011

Sannyas, la dernière décision

Extrait du livre « Je suis la porte »
de Osho


Nb : en Inde, traditionnellement, le sannyasin renonce à la vie de famille, aux possessions et au plaisir. 
Les sannyasins d'Osho avaient pour seul engagement de renoncer à leur identification avec leur passé

Bhagwan, beaucoup se demandent pourquoi vous donnez le sannyas sans aucune restriction 
à tous ceux qui viennent vous voir. Quelle est votre conception du sannyas ?

Pour moi, le sannyas n’est pas quelque chose de très sérieux. La vie elle-même n’est pas très sérieuse, et pour moi, quelqu’un de sérieux est toujours quelqu’un de mort. La vie est juste un débordement d’énergie sans aucun but, et pour moi, le sannyas c’est mener une vie sans aucun but. Vivre sa vie comme un jeu, et non comme un devoir. L’esprit sérieux, l’esprit soi-disant sérieux, qui en fait est malade, va changer le jeu en travail. Les sannyasins, eux, doivent faire exactement le contraire et transformer leur travail en jeu. Si vous pouvez prendre toute la vie comme un rêve, comme le vaste scénario d’un rêve, alors vous êtes un sannyasin. Celui qui considère la vie comme un rêve, celui-là a renoncé.
Renoncer, ce n’est pas quitter le monde, mais changer d’attitude.

Quitter le monde est une affaire trop sérieuse ! Je peux initier n’importe qui au sannyas, car pour moi, l’initiation elle-même est un jeu. Je ne vais pas vous demander si vous êtes qualifiés ou non, car les qualifications sont requises là où on s’occupe de choses sérieuses. Aussi, tout un chacun, par le simple fait qu’il existe, est suffisamment qualifié pour entrer dans le jeu. Il peut jouer, et même s’il n’est pas qualifié, ça n’a aucune importance, puisque tout cela n’est qu’un jeu. C’est pourquoi je ne demande pas de qualifications particulières, et mon sannyas ne crée pas non plus d’obligations. Quand vous êtes un sannyasin, vous êtes totalement libre de vos actes.
Cela signifie que maintenant, vous avez pris une décision, et c’est votre dernière décision. Maintenant, vous n’aurez jamais plus à en prendre. L’ultime décision est prise, celle de vivre l’indécision, celle de vivre libre.

Celui qui agit en fonction de décisions ne peut jamais être libre.
Il est toujours lié au passé, car la décision a été prise dans le passé.
On ne peut pas prendre de décision pour l’avenir, car l’avenir est inconnu, et quelle que soit la décision, elle sera toujours rattachée au passé. Vous initier au sannyas, c’est vous initier à un futur non-balisé, non planifié. Maintenant, vous n’êtes plus prisonnier du passé. Vous êtes libre de vivre. C’est-à-dire de jouer, d’agir, d’être, en fonction des évènements. C’est l’insécurité.
Renoncer à un nom, renoncer à des biens, ce n’est pas vraiment l’insécurité. C’est une insécurité très superficielle. Et l’esprit reste inchangé, cet esprit qui croit que l’accumulation des biens offre une sécurité. Mais l’abondance de biens, ce n’est pas du tout la sécurité. Vous mourrez avec toutes vos richesses. Une maison non plus ce n’est pas la sécurité : vous mourrez dedans. Ainsi, la fausse notion que les biens, la maison, la famille, les amis, offrent la sécurité, cette notion reste bien ancrée dans la tête de celui qui dit : «j’ai renoncé, maintenant je vis dans l’insécurité».

Seul est dans l’insécurité celui vit sans aucun lien avec le passé.
Insécurité signifie sans lien avec le passé ; et cela signifie beaucoup de choses, car tout ce que vous connaissez vient du passé. Votre esprit lui-même est du passé. Celui qui renonce au savoir renonce réellement à quelque chose. Vous-même, vous venez du passé. Vous n’êtes qu’une accumulation d’expériences. Aussi, celui qui renonce à lui-même renonce vraiment. Tous vos désirs, tous vos espoirs, toutes vos attentes, tout cela renforce le passé. Aussi, celui qui renonce à son passé abandonne du même coup ses désirs, ses espoirs, ses attentes.Maintenant, vous n’allez plus êtes personne, juste un vide, un rien.

Prendre le sannyas, c’est abandonner toute prétention d’être quelqu’un.
Vous devenez personne, vous perdez votre identité.
C’est là la dernière décision de votre esprit, par laquelle vous fermez la porte au passé. L’identité est brisée, il n’y a plus de continuité, vous êtes tout neuf, vous naissez de nouveau. Et tous ceux qui sont vivants sont qualifiés. Tous ceux qui sont vivants sont qualifiés pour vivre dans l’insécurité. Car, pour moi, la vie c’est l’insécurité. Chaque aménagement pour la sécurité, c’est de la vie sacrifiée. Plus on est en sécurité, moins on est vivant. Plus on est mort, plus on est en sécurité.
Un homme mort ne peut pas mourir une deuxième fois, aussi est-il à l’abri de la mort. Il ne peut pas tomber malade, aussi est-il à l’abri de la maladie. Un homme mort est tellement à l’abri de tout que ceux qui continuent à vivre doivent lui paraître fous. Ils vivent dans une telle insécurité ! Si vous êtes tant soit peu vivant, alors, vous êtes dans l’insécurité totale. Et plus vous êtes dans l’insécurité, plus vous êtes vivant.

Aussi, un sannyasin, pour moi, est une personne qui décide de vivre au maximum au dernier degré d’intensité. Il est comme une flamme qui brûle la flamme par les deux bouts. Il n’a pas d’obligation, pas d’engagement. Vous n’êtes tenu à aucune discipline. Si vous voulez appelez l’insécurité une discipline, c’est une autre affaire.
Car, bien sûr, il s’agit d’une discipline intérieure. Mais vous n’allez pas être anarchique pour autant. L’anarchie est toujours liée à l’ordre, au système. Si vous renoncez à l’ordre, vous ne pouvez jamais être en désordre. Ce n’est pas nier l’ordre, c’est renoncer et, renoncer signifie être en ordre désormais ! Ce n’est qu’une comédie que vous jouez pour les autres. Vous n’allez pas la prendre au sérieux. Ce n’est qu’un rôle dans la pièce. Vous marchez à gauche ou à droite pour les autres, pour faciliter la circulation. Mais il n’y a rien de sérieux là-dedans. Aussi, un sannyasin ne va-t-il pas être plus désordonné. Mais, en ce qui le concerne, en ce qui concerne sa conscience profonde, il n’y aura plus d’ordre. Cela ne veut pas dire qu’il y aura du désordre, car le désordre fait toujours partie de l’ordre.

L’ordre est une possibilité de désordre. S’il n’y a pas d’ordre, il n’y a pas non plus de désordre, il y a spontanéité. Vous vivez dans l’instant, vous agissez dans l’instant. Chaque instant est complet en lui-même. Vous ne décidez plus à l’avance, vous n’avez plus besoin de décider comment agir. Le moment vient à vous, et vous agissez. Vous ne déterminez rien à l’avance, il n’y a pas de plan. Le moment vient à vous. Vous réagissez à l’instant, et, quelle que soit la réaction, laissez-la venir. Plus vous êtes spontané, plus vous sentez monter en vous une nouvelle forme de discipline, une discipline de l’instant. Il s’agit d’une dimension complètement différente, aussi vaut-il mieux comprendre cela très clairement. Quand vous décidez quoi faire à l’avance, c’est que vous ne pensez pas être suffisamment conscient pour agir sur le moment spontanément. Vous n’avez pas confiance en vous. C’est pourquoi vous décidez à l’avance.

Mais là aussi vous décidez ! Vous ne pouvez pas agir sur le moment, alors comment pouvez-vous décider à l’avance ? Je peux décider aujourd’hui « je serai plus riche demain », mais si je n’ai pas confiance dans le « moi » de demain, comment puis-je avoir confiance dans le « moi » d’aujourd’hui ? Si je dois décider à l’avance, ça ne signifie plus rien. Ça ne peut qu’être destructif. Je décide aujourd’hui et j’agis demain. Tout a changé. Tout est neuf, et la décision est vieille. Je suis neuf, l’instant est neuf, et la décision est vieille. Si je n’agis pas conformément à la décision, il y aura culpabilité. Ou je n’agis pas et je me sens coupable, ou j’agis et mon action ne sera pas adéquate, et la frustration s’ensuivra forcément.

C’est pourquoi je vous dis de ne prendre aucune décision (avec votre mental), alors vous serez libre. Laissez chaque acte, chaque instant, venir à vous, et laissez la totalité de votre être prendre la décision. A ce moment précis, laissez la décision surgir en même temps que l’acte. Surtout pas avant, autrement l’acte ne sera jamais total. Il faut savoir que quand vous décidez à l’avance, c’est votre intellect qui décide. Vous ne pouvez y être impliqué dans la totalité de votre être, car le moment n’est pas venu. Quand je suis amoureux, si je décide de me comporter d’une certaine manière lors de notre prochaine rencontre, de dire ci et ça, de faire ceci et ne pas faire cela, mon comportement ne pourra être qu’intellectuel et mental. Il ne sera jamais total, car le moment n’est pas encore arrivé. L’être dans sa totalité n’a pas encore été sollicité. Alors, comment l’être tout entier pourrait-il répondre ? Si j’ai décidé à l’avance, quand arrivera le moment, je serai incapable d’agir avec tout mon être, car la décision sera déjà prise. Je vais me contenter d’imiter, de suivre, de copier un plan. Je vais tomber à côté. Je ne serai pas authentique car je ne serai pas total. Mon acte se réduira à un simple décalque. Une fois de plus, ce sera un acte mental qui n’émanera pas de votre totalité. Aussi, qu’il se solde par un échec ou par une réussite, de toute façon, ce sera un échec, car il n’y aura pas eu participation de tout votre être. Vous ne connaitrez pas l’amour.

Laissez le moment se présenter, laissez le vous solliciter et réagissez de tout votre être. Alors, l’acte est total. Alors, c’est votre être tout entier qui se met en action. Alors, vous y êtes totalement impliqué. Les meilleurs résultats possibles seront issus de cette totalité et jamais d’aucune décision.
Le sannyas, c’est vivre l’instant présent, sans y engager le passé.

mercredi 9 mars 2011

La vigilance pure

Extrait du livre « Freedom and resolve »
de Gangaji
Traduction : Isabelle Padovani


La pure vigilance doit être une aisance dans la reconnaissance, sans quoi c’est « exercer » de la vigilance, et c’est déjà ne plus être vigilant.
Quand vous entendez cette pensée « Maintenant, je vais « exercer » de la vigilance », demandez qui exerce cette vigilance.
C’est du questionnement direct de soi. Vous verrez qu’il n’y a personne ici, qu’il y a seulement vigilance.
Puis vous verrez qu’il est assez naturel d’être conscient des objets qui passent, aussi bien qu’être conscient de ce qui est conscient à la fois des objets qui passent et de soi-même (cette conscience consciente).

Demeurez dans la vigilance et voyez.
Simplement, patientez et voyez.
Voyez ce qu’est la destinée du corps.
Voyez ce qu’est l’énergie du mouvement d’une vie.
Il y aura des objets qui passeront par l’autel de la vigilance.
Laissez les passer comme des nuages.
Les nuages ne sont pas un problème, certainement pas un problème depuis le point de vue du ciel.
Vous êtes le ciel.
Vous n’êtes pas une entité levant les yeux vers le ciel.
Vous êtes le ciel regardant l’apparence de l’entité.

C’est une compréhension erronée qui perçoit la vigilance comme un fardeau. Le vrai fardeau est le déni de la nature de votre être en tant que conscience elle-même.
L’idée que la vigilance est un fardeau vient du concept de la pratique spirituelle. On vous a enjoint de pratiquer. On vous a dit de pratiquer et de pratiquer encore. Je ne sais pas de quel mot vient le mot « pratique », mais c’est une mauvaise traduction, parce qu’en anglais, pratique signifie une sorte de préparation pour un évènement réel.
Vous pratiquez pour le football.
Vous pratiquez pour votre récital.
Vous ne pouvez pratiquer pour la vie.
La vie est juste maintenant.
Donc je n’utilise pas le mot « pratique » en termes de vigilance.
Je parle d’être vigilance.
Soyez cela maintenant.
Vous êtes déjà cela.
Reconnaissez-vous vous-même en tant que cela, et soyez vigilant à votre vraie nature.
Puis voyez. Sans chercher quoi que ce soit, voyez.

mardi 8 mars 2011

Avez-vous entendu cet oiseau qui chantait ?

Extrait de « Comme un chant d’oiseau »
de Anthony De Mello



L’Inde hindoue a élaboré une merveilleuse image pour décrire la relation entre Dieu et sa création. Dieu « danse » sa création. Lui-même est le danseur, sa création est la danse.
La danse est différente du danseur et pourtant elle n’existe pas sans lui.
Vous ne pouvez l’apporter chez vous, dans une boîte, à volonté.
Dès lors que le danseur s’arrête, la danse cesse d’exister.
Dans sa recherche de Dieu, l’homme pense trop, réfléchit trop, parle trop.
Même lorsqu’il regarde cette danse que l’on appelle création, il se prend tout le temps à penser, à parler (à lui-même et aux autres), à réfléchir, à analyser, à philosopher.
Des mots, des mots, des mots.
Du bruit, du bruit, du bruit.
Taisez-vous et regardez la danse.
Ne faites que regarder : une étoile, une fleur, une feuille qui se fane, un oiseau, une pierre…
N’importe quel élément de la danse fera l’affaire.
Regardez, écoutez, sentez, touchez, goûtez.
Il est à croire que vous ne tarderez pas à l’apercevoir, lui – le danseur lui-même !

La sempiternelle lamentation que le disciple répétait à son maître de zen consistait à lui dire «Vous me cachez le secret ultime du zen. » Et il refusait d’accepter les dénis du maître.
Un jour le maître l’amena en promenade le long des collines. Tandis qu’ils déambulaient, ils entendirent un oiseau chanter.
« Avez-vous entendu cet oiseau qui chantait ? » demanda le maître.
« Oui », répondit le disciple.
« Bon, maintenant vous savez que je ne vous ai rien caché. »
« Oui », répondit le disciple.

Si vous avez vraiment entendu chanter un oiseau, si vous avez vraiment vu un arbre… vous êtes en mesure de savoir – au-delà des mots et des concepts.

Qu’avez-vous dit là ?
Que vous avez entendu des douzaines d’oiseau chanter et vu des centaines d’arbres ?
Ah ! Est-ce l’arbre que vous avez-vu ou son étiquette ?
Quand vous regardez un arbre et voyez un arbre, vous n’avez pas vraiment vu l’arbre.
Quand vous regardez un arbre et voyez un miracle – alors, enfin, vous avez vu un arbre !
Votre cœur a-t-il jamais débordé d’admiration muette à l’écoute d’un chant d’oiseau ?

lundi 7 mars 2011

Retour à la réalité

Vu sur le site de Sébastien Fargue


Il n’y a pas de fin.

Il n’y a pas d’accomplissement.

Les états se succèdent dans ma présence.

Aussi, aucun état ni aucune pensée ne peut prouver ou réfuter ma présence.

L’illumination ne peut pas être trouvée.

La réalité telle qu’elle est, est déjà totalement réalisée.

Nous sommes comme nous sommes, déjà totalement réalisés.

Dans la réalité, les choses sont comme elles sont, et n’ont aucune relation avec des concepts tels que réalisation, accomplissement, perfection, bien, mal…

Je suis libre d’avoir ou de ne pas avoir de pensées, d’émotions ou n’importe quelle sensation.

Je ne me sens pas coupable d'avoir des humeurs ou d'échouer, et je ne me sens pas fier d’être en paix ou de réussir.

Et si je me sens coupable ou fier cela ne signifie pas pour autant que quelque chose ne va pas.

Les expériences vécues ne sont pas des preuves qui valident ou invalident ce que je suis.

Beaucoup de choses plaisantes ou déplaisantes peuvent émerger dans mon expérience.

Je peux les laisser me traverser.

L’apparition et la disparition de ces choses ne témoignent aucunement de ma grandeur ou de ma petitesse.

Etre fasciné ou non par ces phénomènes et ces énergies, ne prouve pas non plus l'excellence ou la médiocrité de ma condition.

De nouveau, je ne peux pas trouver quelque chose comme la sagesse, la réalisation ou l’illumination.

Je suis simplement libre ou pas libre d’être moi-même.

Me permettre de ne pas être libre, me permettre d'être comme je suis, c’est être libre.

Cela me libère car je réalise que « de ne pas être libre » était une conclusion mentale, à propos de ce que je ressentais, de ce que j’expérimentais.

Ma conclusion était fausse.

En réalité, si je suis totalement honnête avec moi-même, je ne peux absolument pas conclure quoi que ce soit sur ce qui m'arrive.

Ce que j’appelle « ne pas être libre » est juste une pensée dans mon esprit...

Finalement, les notions d’être libre ou de ne pas être libre, n’ont aucun sens.

Elle n’ont absolument rien avoir avec ce qui est maintenant.

Si je ne crois pas mes pensées, si je ne fais pas de conclusion à propos de mon expérience, je suis libre maintenant, tel que je suis.