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dimanche 27 mars 2011

La félicité éternelle

Article de Douglas Harding
publié dans le n° 79 de la revue 3eme Millénaire 


Toutes les choses dans le monde additionnées les unes aux autres
ne sont rien en comparaison de ce rien ici, conscient de lui-même en tant que rien. Comprenez-vous cela ?
C’est la liberté. C’est la vérité. C’est la joie rayonnante.


Quel est l'essentiel pour vous, aujourd'hui ? Que vous paraît-il le plus important de partager ?

Il y a deux choses que je souhaiterais intensément partager.

La première est l'émerveillement, l'étonnement qu'il y ait quelque chose.
A strictement parler, il ne devrait rien y avoir du tout... car enfin il est très étrange, voire anormal que les choses existent. Comment peut-il y avoir quoi que ce soit ?
Que même un électron puisse apparaître sur la scène sans aucune aide, ni raison, c'est inexplicable.
Et songez à ce qui est apparu. Songez au monde, des galaxies, aux étoiles et aux planètes, les animaux, les hommes, les femmes, les enfants, les cellules, les molécules, les atomes, les particules...
Je suis éberlué, bouleversé, ahuri, qu'il y ait quoi que ce soit. 
Et cet étonnement est joie. Pour moi, c'est de la joie.
Cela me fait poser sans cesse la question pourquoi...
Pourquoi y a-t-il quelque chose ?
Mais il ne s'agit pas d'une question à laquelle on puisse répondre.
C'est une question à poser sans réponse. 
Trouver la réponse à cette question serait une tragédie, un désastre pour toujours, l'enfer de l'ennui éternel, une éternité d'ennui. Dieu merci, on ne peut trouver de réponse à cette question mais elle doit être posée. Pour moi et mes amis qui partagent cet émerveillement, poser cette question est un délice et une joie. C'est donc ce sublime émerveillement que je souhaite d'abord partager.

La deuxième chose que je souhaite partager avec tous est très différente : c'est découvrir le prix à payer pour avoir un visage, mais aussi la façon d'éviter l'obligation de payer ce prix.
Bien sûr, j'ai un visage humain.
C'est un visage unique, qui ne ressemble à celui de personne d'autre.
Quand les gens voient ce visage, il me saluent, ils me reconnaissent.
Mes yeux, mon nez, ma barbe, tout ceci forme un tout unique. Et j'ai besoin de cela. Bien sûr que j'ai tous ces traits : deux yeux, un nez, deux oreilles, un menton, tout ceci est « Douglassien ».
Mais il y a un prix à payer pour avoir ce visage « Douglassien », un prix très élevé.
Le vieillissement est une moitié du prix à payer. Je ne le recommande pas, vraiment pas. Mais ce prix doit être payé. En tout cas, moi je le dois, mais peut-être vous, n'aurez-vous pas à payer ce prix ? Peut-être n'aurez-vous pas à devenir vieux ?
La deuxième moitié du prix à payer pour avoir un visage est encore plus élevée : c'est la mort.
La décapitation : on devient une victime de la guillotine. C'est un prix très dur.
Je suis né en tant que Douglas, et Douglas meurt.
Ce qui naît, meurt.
Je ne dis pas que l'on devrait, ou que l'on pourrait éviter cela.
Ce que je dis est que nous avons à reconnaître la dette à payer, et accepter cette redevance qu'est la mort.
Ce qui naît, meurt. Oui... mais un remède existe, me réponse, une façon de régler cette dette, d'éviter l'exécution : c’est de n'être pas né. Etre non-né.
Il y a une chose qui ne peut mourir, un corps si vous voulez, qui ne peut mourir parce qu'il n'est jamais né. .Le non-né, celui qui n'a pas été généré, ne peut pas mourir.
Celui qui est né, meurt. Le non-né ne peut pas mourir.
 Celui qui ne peut pas être né ne peut pas être exécuté.

Alors je regarde ce à partir de quoi je regarde, au lieu de regarder ce qui est là dehors.
Et ce à partir de quoi je regarde n'existe pas, c'est vide, une vacuité.
Il n'y a rien ici, au centre de moi-même. Et donc cela ne peut pas mourir.
Toutes ces choses là dehors meurent.
Douglas meurt, Dieu merci.
Mais ceci, ici, au centre de moi-même, ne peut pas mourir parce que ce n'est jamais né.
Ainsi le remède pour la mort est de voir où la mort se situe.
Je maintiens la mort là dehors. C'est la mort de ce qui est né, celle de Douglas.
Et ici, au centre, je conserve l'absence, une vacuité vivement éveillée, consciente d'elle-même en tant que non-existence. C'est ici, au centre, que je trouve et garde ma félicité éternelle.
Une vacuité absolue, intensément consciente d'elle-même, en tant que rien.

Toutes les choses dans le monde additionnées les unes aux autres ne sont rien en comparaison de ce rien ici, conscient de lui-même en tant que rien.
Comprenez-vous cela ?
C'est la liberté. 
C'est la vérité. 
C'est la joie rayonnante.

Cette expérience est la deuxième chose que je souhaite partager autant que possible.
Le sublime émerveillement qu'il y ait quelque chose, et la vacuité rayonnante au centre de nous-même... nous devrions danser de joie en prenant conscience de notre divine ignorance.

mercredi 23 mars 2011

L'esprit d'abandon

Extrait de « Vivre sans tête »
de Douglas Harding


L'esprit d'abandon ne peut être permanent pour être lui-même...
il doit alterner avec son contraire, l'esprit de résistance.
Par nature, il n'est pas continu.
L'expérience est commune : nous nous obstinons à lutter contre la volonté divine, telle qu'elle se matérialise dans les circonstances de notre vie, puis nous trouvons d'une manière ou d'une autre la grâce de nous y soumettre - pour un temps et ensuite le processus pitoyable s'enclenche à nouveau !

L'abandon arrive. Mais hélas, comme Ramana Maharshi le dit bien, ce qui vient s'en va. Comme les pensées et les sentiments (fussent-ils profonds, illuminés ou même divins), il est impermanent. Puisqu'il s'agit d'un état d'esprit spécifique, avec ses caractéristiques limitées, non seulement il comprend son opposé et s'en nourrit, mais il a toujours tendance à y retomber.

Ces constatations évidentes mais négligées font que l'abandon ne peut pas se cultiver.
Il est inutile d'y penser, de faire des lectures sur ce thème, d'essayer de susciter ce sentiment par la prière, la prosternation, ou de n'importe quelle manière.
L'ennui avec cette expérience si désirée est qu'elle fluctue constamment, et évidemment, elle semble le moins à notre portée lorsque nous en avons le plus besoin.
Nous n'avons aucune prise sur le « lâcher prise ». Qui donc, en effet, peut sentir quoi que ce soit sur commande ? Dans ce cas-ci, nous nous trouvons particulièrement exposés à l'échec et au ridicule.

Cultiver ce qui doit venir naturellement ou pas du tout, se donner du souci pour trouver le calme, s'efforcer de ne pas faire d'efforts, s'obstiner au détachement, s'éreinter pour arriver à être détendu : toutes ces disciplines insolites ne peuvent nous mener à rien. Finalement, nous devons renoncer à toutes ces tentatives de renoncement.

N'y a-t-il donc rien à faire pour résoudre ce problème ? L'envie de lutter contre la Nature des choses alterne en nous avec l'acceptation réelle (ou mitigée) de tout, et même du pire. Cette alternance qui structure nos vies, allons-nous l'accepter ? Ou plus vraisemblablement tenter de la briser ?
Non. La méthode directe qui consiste à maîtriser nos sentiments s'avère infructueuse, mais il existe une « méthode » indirecte bien plus prometteuse. Le problème peut être résolu - pas à son propre niveau ni en ses propres termes - et il peut l'être totalement.

La solution est l'ATTENTION, l'attention au lieu de l'intention. L'attention à ce qui est, et non la recherche de ce qui devrait être.
Attention à ce que les choses sont déjà, en écartant toute tentative pour les transformer.
En fait, l'attention totale est l'abandon, et l'abandon total est l'attention.

Attention à quoi ? Attention à ce qui vous est donné, ici, au lieu précis de votre présence, en ce moment, l'esprit détaché de tout autre lieu et temps.
Et pour découvrir ce qu'est l'attention, il est inutile de vous contenter de lire : vous, cher Lecteur, ce que vous avez à faire, c'est de regarder maintenant ce qui se trouve juste en face de cette page imprimée, de porter votre regard vers Celui qui voit, vers le Lecteur - s'il y en a un.

N'est-ce pas un fait qu'il n'y a ici rien qui ressemble à une chose, seulement un espace rempli de ce qu'il voit (deux mains tenant ce livre, et entourées de formes colorées) ?
Qu'y a-t-il ici où vous êtes maintenant, si ce n'est une Conscience sans tache ou une Capacité, privée en elle-même de tout son, odeur, goût, couleur, forme, opacité, complexité, mouvement - et en cela même parfaitement conçue pour recevoir tous ces éléments ?
Une disponibilité remplie, n'est-ce pas ce que vous êtes en ce moment même, de façon évidente et immédiate ?

Cette vue-vers-l'intérieur, cette attention à ce que l'on est toujours (qu'on s'en rende compte ou non), cette découverte de ce qui est au-delà de tout perfectionnement (car ici il n'y a rien qui change ou qui puisse être changé) - voilà le seul et véritable abandon total.
Il nous fait renoncer à toutes les prérogatives, toutes les qualités et fonctions que nous avions revendiquées jusque-là, il met fin à nos prétentions à être quelque chose, à être quoi que ce soit.

Pas un atome de substance, pas une pointe de sentiment, pas l'ombre d'une pensée ne peuvent survivre dans l'atmosphère raréfiée du Centre.
Ici, il ne reste que l'attention, la vigilance, la pure conscience-de-la-conscience, vide de tout contenu et de toute qualité, et Ceci ne va ni ne vient.
Voici l'abandon même, qui inclut l'abandon de tout temps et de tout changement.

Nul ne peut réaliser cet Abandon : nous le sommes éternellement.